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Serge Bottagisio et Agnès Decoux, Gers

Des toupies en béton

 

Dans le Gers, Serge Bottagisio et Agnès Decoux créent des objets surdimensionnés en béton. Des toupies géantes ou des galets pesant plus d’une tonne, conçus pour injecter un peu d’art en extérieur, que ce soit au milieu de la végétation ou devant des bâtiments. Pour cela, les deux artistes ont bien sûr peaufiné la technique pour rendre vibrant ce matériau assimilé trop souvent au seul univers du bâtiment.

Boules, toupies, galets, grenades…. Les formes sont simples, mais les dimensions souvent gigantesques, et la matière inattendue pour des objets de ce type : principalement du béton, auquel les artistes ajoutent quand même de la terre cuite.
Dans leur atelier du Gers, à l’ouest de Vic-Fezensac, Serge Bottagisio et Agnès Decoux se sont faits depuis une quinzaine d’années une spécialité des sculptures paysagères en béton : des sculptures faites pour être posées en plein air et apporter une touche insolite dans les lieux les plus inattendus : insolite quand le béton vient habiller un jardin, insolite aussi quand une toupie de grande dimension prend place dans l’espace urbain ou dans des musées.

Serge et Agnès se sont rencontrés à l’école des Beaux-Arts de Bourges et n’ont pas tout de suite travaillé le béton. En revanche, ils ont tout de suite eu envie de travailler les matériaux. Avant le béton, ils commencent une carrière commune de céramiste, mais sans se contenter des matériaux existants. Ils cherchent, expérimentent et inventent un procédé qui les fera vite connaître, la marqueterie de porcelaine, qui permet de réaliser des objets insolites, petits et séduisants, que l’on trouve aujourd’hui aussi bien au Musée de la porcelaine de Sèvre que dans des musées en Europe, aux Etats-Unis ou en Asie.
Mais la marqueterie de porcelaine, dans sa finesse et sa fragilité, n’était pas vraiment adaptée à des créations de grande dimension, qui tentent alors le duo.
Les deux artistes repartent en quête d’un nouveau matériau et inventent une fois encore un procédé : ils vont mélanger le béton (teinté dans la masse) à de la terre cuite.
Le mélange des deux rend le béton vibrant, le dote d’une texture qui le sort de son apparence habituelle sur les chantiers de construction : lisse et uniforme. Ici au contraire, le béton vibre, comprend des accidents qui se prêtent à capter la lumière et le regard. Nous sommes au début des années 2000 et cette matière leur permet de concevoir des objets à l’allure mi-animale, mi-végétale : les artistes aiment évoquer la peau d’éléphant tout en précisant bien que ce matériau se marie parfaitement à l’écorce de palmier. D’ailleurs, Serge Bottagisio taille à la hache ses colonnes pour renforcer encore le mimétisme. « Nous arrivons à sortir des pièces herculéennes, où la matière brute garde la mémoire du mouvement », précise Agnès Decoux.
Les voilà donc qui créent des toupies qui pèsent 4 à 5 tonnes chacune…, des immenses vasques, des colonnes hachurées, etc.

Rapidement, le duo rencontre le succès hors des frontières, notamment Outre-Manche, en montrant des pièces au Chelsea Flower Show. Rapidement ils vont travailler avec des architectes-paysagistes réputés. « On travaille avec sous les yeux le plan du jardin, poursuit Agnès Decoux, et on choisit l’œuvre en fonction du jardin, des espaces et de ses végétaux ». S’en suivent des réalisations avec Cleve West ou Andy Surgeon. « Aujourd’hui, nous sommes sur un gros projet avec lui à Londres, le projet du quartier Battersea qui mélangent en bord de Tamise des parcs, des entrepôts industriels reconvertis, des pubs, etc.

Parallèlement, le duo étend sa notoriété hors de Grande-Bretagne et travaille aussi par exemple avec l’architecte-paysagiste Luciano Giubbilei, pour intégrer des pièces à un jardin près de Marrakech, ou en France, avec notamment Dominique Lafourcade.
Les chantiers sont de plus en plus nombreux. Dans la région Occitanie, Serge Bottagisio et Agnès Decoux vont réaliser des pièces pour deux médiathèques à Réalmont, près de Toulouse et Castelmauroux, près d’Albi. Plus loin, ils livrent l’an dernier une commande de 7 pièces au musée de la mine à Béthune.

Bref, les sculptures paysagères intègrent des lieux de plus en plus variés, en apportant à chaque fois une dimension artistique donnant une autre vision du lieu.
Karl Lagerfeld lui-même ne s’y trompera pas, qui commande au duo cinquante pièces pour le jardin de sa maison du pays basque. Une centaine d’années après Le Corbusier qui avait donné ses lettres de noblesse au béton dans le domaine de l’architecture, les Botta lui donnent ses lettres de noblesse dans le champ de la sculpture.

A.D.

Rencontre rédigée en juillet 2017

Le site web des artistes