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Marc Merolli, Nîmes (30)

Des personnages qui se bousculent

 

Cela grouille de vie. De personnages, mais aussi d’écritures plus ou moins lisibles, de matières, de plans superposés, de couleurs, de dessins incorporés, de traits gravés avec le dos du pinceau dans la peinture encore fraîche. Dans ce magma, l’homme est toujours là, mais peine à émerger. Rencontre avec un artiste obsédé par la figure humaine.

Les toiles de Marc Merolli sont faites comme étaient faites les cathédrales gothiques : un premier regard, de loin, montre l’équilibre des formes, la construction d’ensemble, avant qu’un deuxième regard, le nez sur la toile, permette de découvrir tous les éléments qui la composent. Des corps parfois par centaines que le premier regard ne permettait pas de percevoir.

Une série de toiles s’appelle d’ailleurs Les chaos : « J’aime que tous les éléments viennent et se bousculent à l’intérieur de la toile », explique l’artiste gardois dans son atelier, en lisière de Nîmes. Et de fait, les personnages, massifs, sont souvent agglomérés les uns contre les autres, formant un amas dans lequel chacun essaie de se débattre, quand ils ne sont pas carrément suppliciés ou criant de douleur. Et quand ils sont isolés, … l’artiste insiste au contraire sur l’enfermement que représente cette solitude : coincés dans de petits carrés ou carrément les membres attachés ou les yeux bandés. Sans oublier la série intitulée « les grandes gueules », où le visage n’est jamais montré dans sa plénitude.
Dans cette veine, un peu angoissée, l’artiste aime aussi faire des « tondo », des toiles rondes, mais pour en faire un usage inhabituel. Classiquement, des peintres comme Raphaël utilisaient ce format parfait pour insister sur la douceur d’une Vierge à l’enfant, par exemple. Marc Merolli utilise ce format davantage pour insister sur une espèce de tournoiement sans fin des personnages, qui semblent cette fois-ci coincés dans une roue, ou prisonniers d’un horoscope indéchiffrable…

Toute chose égale par ailleurs, l’univers de Merolli peut faire penser à Michel-Ange, comme le fait remarquer Pascal Trarieux, dans le livre consacré à l’artiste, à la fois pour l’invraisemblable nombre de figures qui « tombent » du plafond de la Sixtine, et pour les corps plus torturés des sculptures présentes au Louvre, les captifs.

Et puis dans une deuxième veine, l’artiste  quitte ce monde de chaos pour réaliser des œuvres beaucoup plus sobres, avec un motif principal et une gamme colorée quasi-monochrome.

Dans les deux cas, les silhouettes montrent qu’on a affaire à un même artiste, avec une technique sans faille pour l’anatomie.

La méthode et le discours changent, mais la présence humaine reste au cœur de la toile, une présence humaine complexe, perturbée, sauf que cette fois-ci, elle n’est pas confrontée à un monde hostile, mais au contraire seule et unique sujet de l’oeuvre. Marc Merolli aime parler de la douleur, de la violence. «  Peut-être qu’en la représentant, on la met à distance », avance le peintre avec prudence

La technique unifie également l’ensemble du travail. Que ce soit ses œuvres dépouillées ou on la met à ses œuvres plus nourries, l’artiste ne travaille qu’à l’huile, lentement, multipliant les glacis. Parfois, il colle différents types de papier ou de matière avant de peindre son fond, afin de lui donner un peu de matière. Dans tous les cas, les choses restent volontairement brutes, pas trop léchées. Pour certaines des grandes gueules, le travail lui-même est en phase avec la complexité représentée : l’œuvre est un mélange de monotype (impression unique à l’encre), de scan, de retouche du scan sur ordinateur, d’agrandissement, et d’un travail à la peinture sur l’agrandissement.

« J’ai vraiment trouvé ma voie en 1989, mon propre dessin. Avant, je cherchais, précise l’artiste. D’ailleurs, j’ai quasiment tout détruit de ce que j’ai fait avant, j’étais trop influencé par d’autres artistes ».

Adolescent, Marc Merolli aurait voulu faire les Beaux-Arts, mais ses parents n’ont pas suivi. Il se formera donc de manière différente, notamment au contact d’un autre peintre gardois, Christian Astor (à qui Art dans l’Air a consacré une « rencontre » en …). Pendant cinq ans, les deux artistes vont peindre l’un à côté de l’autre, se motivant et se critiquant mutuellement.

Aujourd’hui, il peint dans son atelier, quand il n’est pas dans les très nombreuses expositions déjà montées.

Dans ses dernières toiles, les « Mythologies », Marc Merolli propose un concentré de ses propres mythologies, mélangeant des cowboys aux glâneuses de Millet ou au Minotaure. Avec toujours ces traces d’écriture indéchiffrables, comme de précieux hiéroglyphes qui attendent juste d’être déchiffrés…

A.D.

Verbatim

« Chez Merolli, colosses aux pieds d’argile, aux proportions statuaires et formes sculpturales, ces corps lourds s’ancrent dans la matière terrestre, dans laquelle ils se fondent et se dissolvent quelquefois.  La démultiplication de la figure jusqu’à l’échelle microscopique s’observe dans la matière même de certains de ses colosses, tel un magma de corpuscules formant un tout à son image. Le même corps figure aussi d’autres fois, esquissé à plus petite taille, disposé comme une notule dans la fausse marge de la toile, comme en citation…ou bien plutôt sous la forme d’une apparente extraction ? (…)»

Pascal Trarieux, conservateur du musée des beaux arts de Nîmes

Extrait d’un texte publié dans un livre imposant (250 pages) consacré à l’artiste et publié en 2012. Peintures de Marc Merolli, un artiste à la recherche du moi.

Editions d’art KC, 4 rue du Terrail, 63000 Clermont Ferrand

Rencontre publiée en mars 2016

Site web de l’artiste