- Publicité -

Lucy Raverat, Hérault

Une géographie fantasmée

Issue d’une grande famille d’artistes britanniques, Lucy Raverat s’est installée dans l’arrière-pays héraultais où elle poursuit son propre chemin : après avoir fait de la vidéo et de la sculpture, elle se consacre aujourd’hui pleinement à la peinture et aux collages, dans un univers très coloré où dialoguent des éléments figuratifs et des représentations abstraites.

Lucy Raverat peint, déchire, colle. Avec la même incertitude dans les premiers instants : quelque soit le medium utilisé, elle se laisse guider par les premières choses qui vont apparaître sous ses doigts.

Sa peinture ou ses autres créations répondent clairement à une démarche intuitive, qui demande un « laissez-faire » : « Je vais dans l’inconnu, sans trop savoir où poser mon pied. Je ne peux même pas voir le sol. Mais, parfois, quand j’avance, de manière magique, le sol apparaît et me permet de continuer d’avancer. C’est comme si je n’avais pas d’idées de ce que je cherchais, mais je finis néanmoins par le trouver ».

Dans ce cheminement, le plus difficile est évidemment le point de départ. Lucy Raverat crée des ‘accidents’ sur sa toile, attendant que ces prémisses lui donnent la ligne directrice pour la suite. « Parfois, cela se fait tout seul, et parfois, cela demande énormément d’efforts, et dans ce cas, je fais, je défais, je refais ».

Les œuvres s’enchaînent, et dégagent un sentiment de grande liberté. Jusqu’à 2008, son travail était essentiellement figuratif, avant qu’elle ne bascule davantage vers une forme d’abstraction dans ses peintures.

Le passage du figuratif à l’abstrait relève en fait d’un hasard du parcours : de 2000 à 2014, l’artiste a travaillé avec une galerie londonienne qui lui organisait une exposition tous les deux ans. Jusqu’en 2008, elle a exposé des œuvres figuratives, avant de prendre le tournant de l’abstrait. « Mais le public aime mieux le figuratif », explique l’artiste qui s’est alors retrouvé en plein questionnement sur son travail. La réponse viendra tout simplement de la galerie … qui ferme boutique en 2014. « Finalement, cette fermeture, cela m’a libéré. Je n’ai plus à me soucier du public et j’ai poursuivi dans la veine abstraite, en me donnant davantage de moyen, notamment en travaillant cette fois-ci sur des grands formats ». Des toiles qui font parfois 2 mètres sur 2 et qui lui permettent de jouer encore plus sur les contraires: dedans/dehors, plein et vide, clarté/obscurité, grand/petit, près/loin.

Aujourd’hui, ses œuvres souvent très colorées sont néanmoins souvent ancrées dans des gammes ou formes évoquant des paysages. Du bleu, du vert, de la transparence, parfois une montagne, ou des lignes qui pourraient évoquer une vue aérienne. Visiblement, le passage à l’abstrait s’est fait sur une base figurative qui demeure sous-jacente, plus ou moins présente, plus ou moins explicite. « C’est vrai qu’on peut voir des visions aériennes, ou des paysages, ou parfois même des références à l’art arborigène d’Australie, mais toutes ces réflexions n’apparaissent qu’a posteriori, une fois le tableau achevé ».

Ce mélange, mais aussi sans doute cette forme de rigueur dans la recherche a plu à un public japonais où l’artiste a exposé dans une exposition qui a tourné dans le pays et qui s’est achevée en septembre dernier.

Parallèlement, elle réalise des collages qui font un peu une synthèse des deux. Dans son atelier de l’arrière-pays héraultais, elle peut ainsi enchaîner une peinture, un collage, ou une œuvre mixte où se verra son admiration pour les peintres de la Renaissance italienne et son goût pour les collages dadaistes. Ces collages les plus récents mélangent ainsi des fragments d’images et des anciennes peintures qu’elle a déchirées pour intégrer à de nouvelles œuvres.

«Pour moi, un tableau est réussi quand j’ai le sentiment que c’est lui qui me regarde, que je suis à la fois l’observeur et l’observé ».

Point commun à une œuvre qui peut sembler disparate, une inspiration que l’artiste puisse de toute façon dans son quotidien :  “J’ai toujours trouvé mon inspiration dans ma propre vie, les situations de tous les jours et les situations difficiles que peut rencontrer l’homme dans un univers complexe ». Lucy Raverat fusionne ensuite ses fragments de vécu avec des références aux artistes qui l’influencent le plus, que ce soit les peintres italiens de la toute première Renaissance (Giotto, Fra Angelico, Botticelli) ou des figures isolées comme Turner, Poussin, Bonnard, Vuillard, ou plus récemment, Jackson Pollock ou Zao Wouki.

Les références sont nombreuses, les techniques sont variées, les supports et les encadrements font souvent partie intégrante de l’œuvre. Après des décennies de peintures, Lucy Raverat continue, pour chaque pièce, à chercher la symbiose entre tous ces éléments pour réaliser une œuvre équilibrée.

AD

BIO

Après des études artistiques en Grande-Bretagne, qui vont la décevoir, Lucy Raverat voyage beaucoup, notamment en Inde. Elle s’installe définitivement dans l’arrière-pays héraultais dans les années 90.

Née en 1948 à Cambridge, Lucy Raverat est la fille d’un biologiste réputé et d’une mère, elle-même artiste et fille d’un artiste français (Jacques Raverat) et d’une descendante de Charles Darwin. Son frère aîné est écrivain, son mari philosophe et écrivain.
Depuis son enfance, elle a toujours considéré l’art comme un élément fondamental de son existence. « J’ai toujours créé. C’était une chose normale dans ma famille. Les premières œuvres que je me souviens avoir vu, sont des Rousseau et des Picasso quand j’avais huit ans. Ces peintres m’ont d’une certaine manière donné la permission de faire ce que je voulais ».

Rencontre publiée en mai 2017

Site web de l’artiste