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Nicole Chesny, Hérault

Entre fluidité et matière

Nicole Chesny aime travailler, retravailler, creuser à n’en plus finir quelques sujets qui lui tiennent à cœur et qu’elle estime ne pas avoir encore épuisés. Pendant de nombreuses années, son pinceau traçait ainsi des ports et des ambiances portuaires. Aujourd’hui et depuis sept ans, Nicole Chesny (tout en faisant d’autres œuvres) multiplie les kimonos.

Dans les deux cas, il ne s’agit pas d’œuvres faciles et illustratives. Les ports ne sont pas des ports de plaisance où s’amarrent de beaux voiliers. Ce sont des ports de pêche ou de commerce, où d’imposants bateaux, chalutiers ou autres, dominent, voire écrasent les lieux. Ils sont arrivés, ils sont en partance, on ne sait pas trop, mais leur présence est massive et incontournable. La scène vire doucement à l’abstraction, avec un enchevêtrement de formes anguleuses qui peut évoquer un Nicolas de Staël.

Même approche avec les kimonos. Il ne s’agit pas de s’attarder sur la finesse des motifs des kimonos japonais, mais davantage sur leur forme massive et géométrique. Les kimonos sont représentés à plat, non portés, dans des œuvres généralement de grande dimension (120 x 120) qui mettent l’accent sur la grandeur de ce vêtement à l’opposé des vêtements occidentaux ajustés au plus près des corps. Cela n’empêche pas, dans un deuxième regard, de voir le travail sur la matière, l’incorporation de gaze, un tissu extrêmement délicat, ou l’évocation de quelques motifs qui montrent que ces vêtements sont aussi des œuvres travaillées. « Je pars d’une forme, puis je travaille à l’intérieur de façon plus abstraite », explique l’artiste.

Verbatim

« Je pars toujours d’une figuration, comme la forme simple et souvent reprise, réutilisée d’un kimono, qui m’offre la liberté d’échapper au sujet pour évoquer une idée plus abstraite. Le printemps, la poésie d’une nuit tombant sur la mer, les vestiges d’une étoffe mexicaine, l’Afrique…

Mes paysages vides et sombres parlent de solitude, d’un regard sur l’ailleurs. Mes petits paysages à l’huile, mes marines, comme d’autres sujets, n’ont pas pour objectif d’évoquer une quelconque réalité, mais sont un jeu d’organisation, d’imbrication de formes et de rapport de couleurs, qui ne sont alors que mon seul moteur.

J’aime parfois travailler l’idée de la lumière, toujours fugitive, qui fait « rêver » l’objet sans nous donner tout à voir.

Parfois ma peinture emprunte des chemins de travers et n’a comme pour le reste d’autre ambition que d’exister ».

Nicole Chesny

Dans les deux cas, Nicole Chesny creuse donc un sujet et le mène vers quelque chose d’épuré, dégagé des scories décoratives. Cela frise l’abstraction, mais une abstraction toujours issue d’un regard sur le réel.

Il reste des formes, une harmonie colorée, des choses qui s’effacent, disparaissent… Une recherche qui explique pourquoi l’artiste peut ainsi revenir années après années sur ses thèmes fétiches : à l’acrylique ou à l’huile, elle traite de la même manière natures mortes, marines, ports ou kimonos. Dans tous les cas, la composition des formes et des couleurs reste l’essentiel : on part d’un motif, mais on s’en dégage au plus vite pour se concentrer sur l’harmonie interne des éléments présents sur la toile. La palette de Nicole Chesny compte finalement assez peu de couleurs («  Je n’aime pas l’agressivité dans les couleurs »), beaucoup de blanc et, depuis peu, beaucoup de noir. L’essentiel n’est pas dans une teinte, mais dans la façon dont les unes et les autres dialoguent sur la toile.

Si, dans les ports ou les kimonos, on reconnaît encore le motif d’origine, ce n’est plus nécessairement le cas dans les marines qui peuvent avoir été tellement épurées qu’elles en deviennent abstraites. « Je me laisse préguider par ce que je pose et je n’aboutis pas à ce que j’avais projeté au départ ! »

Dans certains cas, ce sont les matières qui dominent, dans d’autres, comme la toute récente Passerelle, c’est le graphisme et le trait. Mais dans tous les cas, les œuvres restent dégagées du superflu, tout en étant toujours ancrées au départ dans un regard porté sur un lieu, un objet, une scène réelle et concrète qui n’appartient qu’au peintre.

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Rencontre publiée en mars 2016

Bio

Née en 1941, Nicole Chesny a vécu son enfance au Maroc, d’où elle garde une attirance pour les ocres, le sable, la terre. Elle suit ensuite les cours des Arts Déco à Nice, d’où elle sort avec un prix en gravure. Ses études la conduisent à être au départ sculpteur et graveur. Elle passe progressivement à la peinture tout en gardant un goût toujours marqué pour le travail des matières, que ce soit dans les matériaux utilisés (intégration à la toile de sables, de gazes, de journaux, etc) ou dans les thèmes abordés.