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Jean-Louis Bessède, Uzès (Gard)

La figure et le poids de l’être


Le gardois Jean-Louis Bessède rassemble les contraires dans chacune de ses toiles : des personnages aux visages réalistes, souvent travaillées dans des techniques légères, et des corps distordus et aux techniques mixtes et empesées. La figure est là, au centre, mais dans un univers qui ne lui facilite pas l’existence.

Dans son atelier d’Uzès, les toiles se regardent les unes les autres : dans chacune, une présence humaine, frontale, au centre de l’oeuvre. Des personnages qui semblent figés dans un espace intemporel, qui sont statiques et interpellent le visiteur. Ils sont parfois chargés de référence, comme un hommage aux grands artistes qui ont pu marquer Jean-Louis Bessède dans sa formation : Velázquez aujourd’hui, mais aussi, plus proches, Francis Bacon ou Alberto Giacometti, deux artistes qui, comme lui, isolent volontiers l’homme de tout contexte pour présenter la figure humaine, dans sa solitude et son immobilité sacrée.

Le regard posé sur Velázquez est du même ordre: du grand artiste espagnol, il ne retient pas l’homme en mouvement à l’arrière-plan des Ménines, mais plutôt ces Ménines elles-mêmes, qui posent, immobiles.

Jean-Louis Bessède peint, beaucoup, tous les jours, de manière quasi-obsessionnelle et dans un rituel magique pour calmer ses peurs.

Dans son atelier, c’est donc ce jour-là un travail sur Velázquez qui occupe, son attention dans une série où la figure des Ménines est reconnaissable, parfois même découpée dans des magazines, collée, retravaillée, et prolongée par un travail entièrement pictural pour la robe, le fonds, certains détails, voire des éléments d’écriture et de messages.

Avant Velázquez, Jean-Louis Bessède a également réalisé une série sur Camille Claudel, une autre grande figure qu’il admire. Là encore, il se l’accapare mais l’intègre à son propre univers : « J’aime la représenter, vivre avec elle, mais j’aime la déformer, la peindre comme ce qu’elle a été : une enfant jusqu’à sa mort ». Dans une toile de cette série apparaît clairement un cœur, « comme si l’artiste nous disait : ‘vous n’avez pas voulu voir mon œuvre, voici aujourd’hui mon cœur, le cœur du sacrifice’ ».  Dans un autre tableau, une immense silhouette masculine avec une figure quasi-christique, qui ne peut être que Rodin, domine, voire écrase une toute petite Camille. Parmi les séries, d’autres encore sur les anges, ou d’autres sur des thèmes animaliers, traités comme il traite la figure humaine : dans l’empathie.

La plupart du temps, la façon de procéder de l’artiste est la même : « Je commence toujours par mettre de l’esprit sur un visage. Le reste vient ensuite, facilement ». Si la tête est généralement sobre, le reste peut au contraire relever d’un travail plus complexe.

Jean-Louis Bessède aime se frotter à tous les matériaux, toutes les techniques. Dans ses œuvres, la mine de plomb, l’encre, les glacis sans fin, les papiers journaux qu’il froisse, plie, brûle, d’autres encore qu’il plonge dans du ciment, avec du grillage ou du plâtre avant de les appliquer sur la toile et de les peindre… ou pas.

Quelques amulettes dérisoires peuvent venir s’intégrer à cette matière. Toutes les toiles partent du noir et du blanc qui s’affrontent de part et d’autres de l’œuvre : au milieu, des teintes très subtiles de couleur trouvent leur chemin entre la force des contrastes noir/blanc. L’effet est parfois saisissant, comme cette Ménine à la tête diaphane, mais écrasée par une robe très lourde, trop lourde pour elle. Le pouvoir, son apparat et ce qu’il fait des individus.

Deux carrières

Jean-Louis Bessède s’est formé aux Beaux-Arts de Toulouse. Mais à la sortie, il a travaillé longtemps dans le design, et a conçu de nombreux objets ultra-contemporains qui ont séduit entre autres Georges Pompidou ou le Roi du Maroc. Au total, plus de 300 créations diffusées dans le monde.
Il se consacre depuis 1982 entièrement à la peinture. Son travail est régulièrement exposé et montré dans de nombreuses galeries dans et hors de la région.
Pour avoir un autre aperçu de son travail, on peut également se rendre à l’Eglise du Mont Bouquet, dans le Gard: l’artiste a fait don à l’église de toiles géantes : une au centre représentant la Crucifixion, entourée de toiles représentant les apôtres.

Jean-Louis Bessède, atelier de la Salamandre, Uzès.

Derrière chaque œuvre, de nombreux croquis préparatoires, souvent réalisés de manière rapide, spontanée, très proche de l’écriture automatique.

Après vient le travail sur bois, qui peut prendre peu de temps quand l’artiste sait parfaitement où il va, mais qui peut aussi résulter d’un travail de maturation : l’oeuvre chemine alors entre l’atelier et l’ordinateur : Jean-Louis Bessède travaille sur bois, puis photographie son travail, le retouche sur ordinateur et revient alors à l’œuvre en cours.
Les tableaux sont donc lourdement chargés de matériaux, de détails issus de ces procédés mêmes. C’est pourquoi  l’artiste ne peint pas sur toile, mais sur des supports issus du bâtiment (medium), qui peuvent supporter des charges importantes.
Ce travail de la matière rend les personnages chamaniques, chargés de toute une intériorité qui les dépasse. Paradoxalement, ces matériaux n’empêchent pas les figures d’apparaître éthérées, quasi-aériennes. Peut-être est-ce dû à une palette qui joue au contraire la sobriété en restant dans des tons ocres bruns, avec parfois un peu de rouge pour rehausser le tout : « L’homme de Lascaux a fait des chef d’œuvres avec quatre couleurs. Pourquoi chercher à compliquer ??? ». Ou encore au fait que ces personnages sont souvent détachés de la terre, sans pieds. Déraciné, comme l’artiste depuis qu’une guerre lui a volé son enfance, mais qui a exacerbé son angoisse existentielle.

A.D.

Rencontre publiée en janvier 2016

Page Facebook de l’artiste