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Bénédicte Azan, Gard

Un long cheminement vers l’essentiel

Bénédicte Azan peint depuis des années, et construit une œuvre qui intègre année après année les acquis des travaux précédents. Arrêt sur une artiste à la recherche de l’essentiel.

Aujourd’hui, Bénédicte Azan peint à l’acrylique, sur de grands formats, des formes épurées, monochromes sur de grandes toiles où domine le blanc du fond. Des formes plus ou moins végétales, mais qui portent toutes, dans leur minimalisme, une véritable dynamique : le trait apporte de la vie au support.

Mais dans ces œuvres actuelles figure beaucoup plus que cela. Bénédicte Azan a mis dans ces peintures toutes ses années de pratique picturale : elle ne peut manier l’acrylique de cette façon, une façon très fluide, très « jetée », qu’en raison de sa maîtrise de l’aquarelle qu’elle a longtemps pratiquée ; elle ne peut concentrer son geste sur ces quelques traits qu’après avoir longtemps réalisé des œuvres graphiques où les traits, déjà présents, émergeaient d’un ensemble comportant beaucoup plus de détails ; elle n’est passé au monochrome qu’après avoir travaillé des œuvres, figuratives ou non, dans des gammes colorées qui lui ont permis aujourd’hui de saisir la valeur qu’elle accorde à chaque teinte.
Bref, le travail actuel est le résultat d’un long cheminement, qui se poursuit et va certainement mener l’artiste encore vers d’autres horizons.

Née en 1953, Bénédicte Azan est une autodidacte « tombée » dans la peinture à l’âge de 20 ans, au départ par le biais de l’aquarelle. Elle commence donc de manière extrêmement classique, en travaillant sur le motif, notamment dans les paysages de Provence. Puis elle passe à l’huile tout en gardant le motif du paysage.

Ensuite, c’est une expérimentation permanente, car l’artiste a découvert peu à peu sa voie en cherchant pourquoi certains artistes la touchaient tellement. C’est ainsi qu’elle s’est laissé inspirée par Robert Rauschenberg ou par Cy Twombly, au point de réaliser des œuvres dans leur mouvance : « Il ne s’agit pas d’imitation, mais d’évoluer en essayant de comprendre, de pénétrer leur univers, pour en retenir ce qui peut faire écho en soi ».

L’artiste, qui a beaucoup voyagé, habite dans la région (Mudaison, en petite Camargue) depuis 2007. Elle a ouvert au printemps 2015 une galerie dans le Haut-Var, à Tourtour, la galerie B2A.

« Mon travail a toujours une base très figurative, explique l’artiste, dans son atelier de Mudaison, à l’Est de Montpellier. J’habite un endroit magnifique et je me promène beaucoup, autour de l’étang de l’Or. Je prends des photos, qui ne sont pour moi qu’un outil pour recréer un paysage dans une autre dimension. Et puis je fais des croquis, au fusain, à l’encre, sur des grandes feuilles, sur des petits carnets. J’accumule, pour parvenir à aller à l’essentiel. Je suis comme un musicien qui a fait consciencieusement ses gammes et qui peut alors jouer de manière libérée.

Aujourd’hui, mon cheminement et mon travail me renvoient un peu à l’univers de la peinture chinoise : je me retrouve dans les notions de vide et de plein, dans la recherche du souffle, qui fait que la démarche artistique est aussi une démarche spirituelle. Le choix du monochrome va dans ce sens : aujourd’hui, j’ai la volonté de dire, d’affirmer. Mon travail est le résultat d’une évolution dans laquelle la couleur est un moyen d’affirmer par son économie de choix l’importance du trait et la nécessité de le déborder ».

Le travail, très épuré, n’en demande pas moins un véritable engagement physique de l’artiste : Bénédicte Azan étale sa feuille ou sa toile au sol, souvent de grande dimension, et c’est tout le corps qui s’investit pour réaliser l’œuvre en cours.

Le travail actuel comporte toute une série d’œuvres qui se rassemblent sous deux titres, et seulement deux : Arborescences ou Métamorphoses. Derrière chaque œuvre d’une apparente simplicité, une multitude de croquis pour parvenir à cette épure et cet équilibre.

VERBATIM

« Il s’agissait auparavant pour moi de rassembler sur la toile un maximum de sensations, de souvenirs, d’images : une accumulation d’informations, si l’on veut, qui se traduisait aussi par une peinture trop ‘riche’, trop ‘encombrée’ de tout ce que j’avais à dire d’un seul coup. (…) Et puis j’ai commencé à enlever, à alléger. Peut-être aussi à aller vers ce qui serait le plus essentiel et non plus anecdotique. Mais cela ne vient pas d’une décision mais du travail lui-même. Le travail, ce n’est pas le temps passé devant sa toile, c’est mesurer la distance entre une intention et un but ».

Extrait d’un livret, Bénédicte Hazan,  entretiens avec Pierre Manuel, Ed. Le clos du puits, Mudaison.

AD

Publié en septembre 2015

Site web de l’artiste

Crédit photos: Guy Rieutort