Thomas Bossard, Toulouse

Des adultes égarés dans un monde enfantin

 

Dans son atelier toulousain, Thomas Bossard construit une œuvre où chaque toile semble en amener une autre. Simplement, légèrement, comme une évidence dans un monde pourtant aux marges du surréalisme.

Thomas Bossard a travaillé plusieurs années dans des théâtres en tant que décorateur. Puis il est passé à la peinture, sa première passion. Mais la filiation entre les deux est évidente : l’artiste continue à concevoir des scènes, des situations, des personnages qui évoluent sur un petit théâtre imaginaire plein de fantaisie. Son premier décor était une création pour un opéra-bouffe d’Offenbach, La Périchole, une œuvre où le vice-roi du Pérou croit tromper son monde en se faisant passer pour un homme du peuple.
Aujourd’hui, Thomas Bossard met très souvent en scène un brave personnage aux prises avec un quotidien qui ne lui correspond pas : des messieurs en costume qui font une bataille de boules de neige, un homme seul sur une feuille de nénuphar, au milieu d’un lac, un troisième qui joue à la marelle pendant qu’un de ses collègues dessine à la craie sur le mur…

L’univers est gentiment enfantin, les personnages ne sont pas à leur place mais n’en font pas un drame.
Thomas Bossard travaille par séries, et les sujets même des différentes séries finissent par donner une idée assez précise de cet univers : à la cuisine, au théâtre, les jeux d’enfants, le retour du marché, l’école, la piscine, les montgolfières, les nuages, la marelle…

A chaque fois, l’artiste commence par dessiner quelques éléments au fusain sur sa toile avant de passer à l’huile et au couteau. Et puis, bien souvent, sans que l’idée de série se soit imposée au départ, une idée en amène une autre, puis une troisième, etc, pour finalement constituer un ensemble sur chaque thème.

Quasiment toujours, les scènes comprennent une pointe d’humour, mais la plupart du temps l’humour vient tout simplement du côté absurde, surréaliste de la scène, et l’artiste agit alors avec empathie pour ses personnages. Dans le Grand plongeon, l’un des personnages va essayer quelque chose d’absurde sous les yeux d’un autre qui ne voit guère où est le problème. Drôle et tendre à la fois. Parfois, mais plus rarement, l’humour se fait (légèrement) plus acide. Si l’artiste décide de s’intéresser aux vernissages, c’est pour montrer les gens qui se ruent sur le buffet ou sur leur iphone plutôt que sur les tableaux. Mais l’artiste ne les caricature pas plus que dans les scènes plus généreuses. Un peu de moquerie, mais légère, toujours légère…

L’œuvre de l’artiste tient son unité de ce regard particulier, où le monde adulte se noie dans celui de l’enfance, donnant lieu à une humanité où réel et irréel s’interpénètrent.
Elle tient aussi son unité de cette palette où domine une lumière douce, des couleurs du Nord, pas étonnantes chez cet artiste qui a vécu à Lille et s’est formé à l’Institut Saint-Luc à Tournai. On est loin des couleurs chaudes et saturées qui sont trop souvent devenues la marque, voire la caricature d’une peinture méditerranéenne. Ici, très peu d’ombres, des ciels clairs, des demi-teintes avant tout.

A l’image de ce monde que l’artiste imagine : léger, aérien, un monde qui fait irrésistiblement penser à l’art poétique du grand Verlaine :

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

A.D.

Rencontre publiée en janvier 2016

BIO

Thomas Bossard fait ses études à Lille avant de poursuivre à l’Ecole Saint-Luc en Belgique (Tournai), dans la section arts graphiques, avec l’idée de s’orienter vers la publicité. Après un premier travail dans ce domaine, il rencontre le milieu théâtral et change totalement de trajectoire :  « C’est au Théâtre du Capitole de Toulouse, en tant que peintre-décorateur, que j’ai pu commencer à exprimer ma palette artistique dans toute sa polyvalence : illustration, peinture, scénographie, fresques, photographie, décoration, etc. en réalisant de nombreux décors d’oeuvres classiques (Les Maîtres chanteurs, Siegfried, Le Crépuscule des Dieux, La Flûte enchantée, L’Auberge du Cheval Blanc, etc..).
J’ai ensuite travaillé comme scénographe pour différents metteurs en scène, notamment
Pierre Debauche. J’ai également réalisé des story-boards de courts-métrages et de films publicitaires, sans oublier des décors dessinés pour une série télé produite par Vagabonds Films.
J’ai aussi réalisé des dessins sur porcelaine pour la manufacture de Yves Deshoulières et des décors pour les Maquettes Heller. Enfin j’ai crée des affiches de spectacles, festivals et long-métrage.
En 2005, j’ai pris le risque de tout arrêter pour devenir peintre ».

Après deux années un peu compliquées, Thomas Bossard expose maintenant régulièrement dans des galeries en France (notamment l’œil du Prince, Paris) et dans différents pays européens. Au programme en 2016, une première exposition à New-York.