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Erick Fourrier, Toulouse, Haute-Garonne

Quand la palette industrielle se fait œuvre d’art

 

Erick Fourrier sculpte le bois. Mais pas n’importe lequel : les palettes industrielles faites de planches de pin suffisent à son bonheur. L’objet, brut, déjà rempli de creux et de plein, fragile, parfois malmené par les usages précédents, lui offre à chaque fois un nouveau défi. Comme pour d’autres artistes, la contrainte est chez Erick Fourrier un puissant vecteur de création.

Devant l’entrelacs d’écriture, de traits ou de courbes, on ne s’interroge même plus : voilà une sculpture en bois, pleine de légèreté avec ses creux aussi importants que ses pleins. Pas la peine de se poser plus de question, sinon sur le sens des formes que l’on voit et sur les émotions qu’elle procure. Questionnement propre à toute confrontation avec une œuvre d’art.

Si le cheminement est celui-là, alors Erick Fourrier est satisfait. Ce qu’il souhaite, c’est bien que son œuvre tire toute sa force de son équilibre interne, sans qu’on s’interroge sur le matériau utilisé.

Et pourtant, le point commun à toutes ses œuvres vient de la matière première : une palette, qui dans une autre vie, a sans doute transporté des packs de bière ou des montagnes de boîtes de conserves.

Erick Fourrier n’est pas le premier artiste à utiliser ce matériau brut et pas cher, mais la plupart du temps, ceux qui s’y sont intéressés comme par exemple Jean-Michel Basquiat sont des peintres qui ont travaillé la palette comme un support à la peinture. Erick Fourrier, lui, enlève plutôt qu’il n’ajoute.

«Au départ, j’ai fait pas mal d’œuvres figuratives, explique l’artiste, mais la palette restait trop présente. En fait, par découpes successives, on peut réussir à perdre complètement la forme de base de la palette. Et je veux vraiment que celui qui regarde soit d’abord accroché par le travail et les formes données au bois, plutôt que par la palette directement ».

Aujourd’hui, l’artiste a déjà réalisé plusieurs dizaines de sculptures qui ont pour point commun ce matériau brut, d’autant plus brut qu’Erick Fourrier se refuse à aller les acheter et préfère les récupérer « le matin, avant le passage des éboueurs ».

Contrairement à ce qu’on peut penser, la palette n’est pas un objet standard : « La structure reste la même (six pieds, des « skis », un plateau), elle pèse toujours autour de 15 kilos. Mais après, on a de tout : des planches plus ou moins larges, et plus ou moins espacées. Même le bois peut varier : elles sont presque toutes en pin, mais il en existe aussi en hêtre, et même en chêne, pour les choses très lourdes à transporter ».

Cette variété insoupçonnée contraint Erick Fourrier à partir du matériau qu’il trouve. Il dessine directement sur la palette un motif et passe ensuite aux découpes successives avec des outils de bricoleur (scie sauteuse, perceuse, etc). « Je n’utilise quasiment pas les outils traditionnels du sculpteur, notamment le ciseau à bois, qui n’est pas adapté au bois de pin car il a tendance à suivre la veinure de la planche ».

Pour varier les effets, Erick Fourrier brûle parfois certaines parties de la palette, jouant alors sur les contrastes de couleur mais aussi sur les contrastes de matière : « brûler un peu la palette permet de faire ressortir les cristaux de charbon et les veinures de bois. En fonction de l’effet recherché, cela peut être intéressant ».

Souvent, le sculpteur va très loin dans la déstructuration du matériau de base, quitte parfois à jouer aux limites de ses possibilités. « Parfois, je solidifie un peu la structure, mais dans ce cas, je le fais toujours avec les chutes. Je peux coller quelques morceaux de planche par derrière, je peux m’autoriser un raccord entre les planches pour accentuer une ligne. Cela m’arrive, même si mon jeu principal reste de respecter la structure tout en trouvant la solution pour qu’elle se fasse oublier ».

L’artiste pousse même son souci de ne travailler que la palette jusqu’aux clous qui vont permettre l’accrochage : « Une fois que je retire les pieds, il me reste des clous, assez importants. Je les tords en demi-cercle, et cela donne l’accroche pour les fixer au mur. Je le fais toujours aux quatre coins pour permettre, pour chaque œuvre, quatre sens possibles. A moi après de réaliser une œuvre qui soit aussi intéressante dans tous les sens ! ». Un défi de plus à relever…

A présent Erick Fourrier ne se contente pas toujours de sculpter à partir d’une seule palette. Il en agence plusieurs entre elles afin de créer lors de résidences des compositions plus importantes comme « Réseau G1 » (120 X 750 cm) ET « AP/10 QY/11 » (h 36 X L 280 X l 120 cm).

Très récemment, au printemps 2018, il a créé une œuvre monumentale pour l’association « B2X » à Beaulieu-lès-Loches (37600) : « Liens » (L 1317 x H 390cm ), sculpture installée de façon permanente sur le premier étage d’un ancien séchoir. (voir  photo).

Erick Fourrier s’autorise quand même quelques ajouts : un peu d’huile de lin ou de vernis, notamment sur les parties brûlées, afin de les faire briller tout en les protégeant. Et parfois, quelques couleurs, mais les œuvres comportant ainsi quelques ajouts colorés restent rares.

Parfois, les chutes sont suffisantes pour imaginer des œuvres qui s’éloignent un peu du matériau de base. C’est ainsi que le personnage dont la silhouette semble se découper derrière des persiennes est issu de chutes de découpage de palettes.

Même chose avec une série de sculptures faites entièrement avec les pieds des palettes. Cette fois-ci, Erick Fourrier travaille davantage les volumes, les empilements. Il quitte la calligraphie ou le travail de dentelle des palettes entières pour proposer quelque chose de beaucoup plus massif.  Mais où, là encore, le matériau d’origine disparaît sous les nouvelles formes proposées.

BIO

Erick Fourrier n’a pas toujours été sculpteur. Dans une autre vie, il était fleuriste à Paris. Pendant une vingtaine d’année, il recevait les fleurs, les arrangeait, les composait en bouquet. Et puis en 2009, pour varier un peu les plaisirs, il décide de s’inscrire aux cours du soir aux Beaux-Arts.

En 2013, il s’installe à Toulouse et vit depuis de son travail artistique, en alternant le travail sur bois et la céramique.

AD

Article publié en mars 2016

Site de l’artiste