- Publicité -

Titos Kontou, Toulouse, (31)

Un homme qui s’extrait difficilement de la glaise

 

Peintre de la solitude, Titos Kontou multiplie les toiles et les sculptures représentant l’être humain, issu de la terre, et entouré par elle : les toiles sont chargées de sables, les sculptures emplies de matériaux diverses, sans que l’on sache si l’homme est au final prisonnier de cette terre ou s’il arrive au contraire à s’en extirper. Et c’est cette ambiguïté qui intéresse évidemment l’artiste.

La palette de l’artiste est caractéristique, et se résume bien souvent à des teintes renvoyant aux éléments : les ocres de la terre, le noir charbon du feu, les gris et bleu du ciel et de la mer. Pour renforcer cette association, Titos Kontou aime travailler dans la matière, dans l’épaisseur, la terre étant au sens propre sur la toile, sous forme de sables ou de copeaux de bois.

Et au milieu de ces éléments, quelques figures : bien souvent, un individu isolé, qui n’est pas là pour lui-même, mais en tant que représentant de l’espèce humaine. C’est davantage l’attitude du personnage qui intéresse l’artiste que ses traits précis. Parfois, la silhouette est dans le mouvement, d’autres fois, c’est la nature qui se charge d’animer la scène comme dans cette série de toiles où tombe sur les personnages une pluie épaisse qui semble les ramener au sol.

Quand il lâche les pinceaux pour travailler la sculpture, l’artiste ne change pas pour autant de thème : encore et toujours l’être humain. Ses sculptures, peintes souvent en noir, représentent l’être humain fait de multiples morceaux disparates (bois, métal, plâtre, etc) qui, assemblés tant bien que mal, finissent par former un individu.

Et en sculpture comme en peinture, l’artiste revient souvent sur ses œuvres, les laisse le temps nécessaire dans l’atelier, pour au final, les reprendre, les transformer, les détruire. Tous les scénarios sont toujours possibles. L’homme, réel ou représenté, reste fragile.

Titos Kontou creuse toile après toile, sculpture après sculpture, cet univers qui l’inscrit dans la lignée d’artistes comme Giacometti ou Germaine Richier.

« Je travaille dans quatre axes différents, explique l’artiste, mais tous en lien avec la figure humaine : la naissance, la libération, le mouvement et les horizons ».

Le thème est un peu lourd, le traitement n’allège rien en surchargeant en épaisseur la peinture, mais une troisième caractéristique de la peinture de Titos Kontou fait un peu contrepoint : la lumière. Souvent, même si la palette est sourde et parfois sombre, il y a toujours une source de lumière qui donne une espèce d’échappatoire et qui sort l’individu de l’impasse.

Les titres des œuvres, volontairement très simples, insistent d’ailleurs sur les métamorphoses permanentes de l’individu : chrysalide, cocon, carapace, bref, tout ce qui évoque le renouveau, la renaissance.

« L’homme fait-il partie de la nature, de l’espace, d’un tout ou bien est-il le centre du monde ?

La ville, comme construction de l’homme, dans laquelle il vit, il travaille, est-elle en perpétuel mouvement, est-elle nature ou contre-nature ? L’homme sans habit, c’est comme la nature sans la ville. L’homme naît et meurt nu et ça ne changera jamais, tout comme l’horizon était et sera toujours là, pour nous rappeler notre nature profonde.»

Parfois l’artiste consent à accompagner une toile de quelques lignes, mais c’est dans ce cas pour insister sur les interrogations que propose la toile et non pour les lever. Comme pour cette Chrysalide, peinte en 2013 : « Homme adulte, nu, en position de fœtus qui plane dans un environnement incertain. Son visage presque invisible, se trouve  dans le vide. On devine la ville en arrière plan comme dans une brume. Est-ce une re-naissance, un repli sur soi, ou bien une chrysalide  qui n’a pas encore déployé ses ailes ? »

Titos Kontou lui-même est un personnage sociable : marié, père de famille, installé dans la coopérative artistique Mix’Art Myrys, à Toulouse, où il est en plus le délégué choisi par les plasticiens pour les représenter. Il n’hésite pas à le dire : « J’ai une vie idéale ».

Mais cet artiste, né et formé en Grèce et qui vit aujourd’hui à Toulouse pense néanmoins qu’il y a quelques points d’accroche entre son œuvre et son parcours de vie. « Je suis né en Grèce, mais avant de m’installer dans le Sud avec femme et enfants, j’ai vécu quelques temps à Paris où j’ai vraiment expérimenté la solitude ».

Aujourd’hui, l’artiste entame une nouvelle phase de son travail : les thèmes restent ceux qui lui tiennent à cœur, mais la palette va s’éclaircir. C’est du moins l’intention annoncée. Mais qui sait…

Article paru en novembre 2016

Site web de l’artiste

Bio

Né à Athènes en 1980

Etudes artistiques à Athènes.
Installation à Paris (2009), avant de rejoindre Toulouse (2011) où il installe son atelier dans la pépinière artistique Myris. Il est depuis plusieurs années le représentant des plasticiens au sein du collectif Mix’Art Myris.

Suivi par une galerie à Athènes.
Certaines de ses œuvres sont présentées depuis cette année dans le centre d’art ouvert par Philippe Aïni à Servies-en-Val, dans les Corbières (11).