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Priscille Deborah, Puygouzon (81)

Des individus prêts à se marcher dessus pour être sur la toile

Chez Priscille Deborah, cela grouille de vie.  Les personnages émergent du chaos, et jouent presque des coudes pour figurer dans la scène, sans pour autant prendre la pose. La vie avant tout, colorée, étouffante, parfois absurde.

Les toiles sont grandes, les couleurs gaies, les personnages semblent en activité, heureux en groupe, dansant, bougeant. Ils ne sont pas beaux, ils sont parfois juste évoqués, mais il émane de ces scènes quelque chose de vivant, qui peut évoquer les bizarreries d’Ensor, ou les nefs des fous du Moyen-âge.

Priscille Deborah est peintre, et aime avant tout des présences vivantes, la plupart du temps des êtres humains, parfois des formes plus animales ou plus fantomatiques. « Et je dois dire qu’il y a de plus en plus de personnages dans mes toiles et que ces personnages sont de plus en plus délurés, festifs! ». Comme s’ils lui échappaient.

Le côté spontané, brut, à peine esquissé des personnages vient tout droit de la technique employée par l’artiste: « Ma vraie peinture, c’est le travail à l’huile qui va fouiller la matière. Je ne sais jamais ce que je vais faire quand je commence une toile. Je ne veux pas partir dans le mental, dans des questionnements trop lourds, théoriques. Je pars donc toujours d’un visuel existant, soit quelque chose que je vois, soit une photo. Si c’est un arbre, j’essaie de me perdre dans les aspérités du feuillage, du tronc, de rester le plus libre possible. Le plus proche du réel, même si ensuite je m’en éloigne. Si je prends un modèle vivant, je ne prendrai pas tout son corps. Je vais plisser les yeux, retenir des impressions différentes, pour éventuellement évoquer plusieurs corps. Si c’est une photo, je peux très bien la mettre à l’envers pour ne m’inspirer que des taches et des lignes».

Le geste libre, mais à partir d’un motif. Peu importe le motif, ce qui compte, c’est que l’attention soit fixée au départ sur des éléments existants, l’harmonie des couleurs ou l’équilibre des lignes.

Cette méthode a plusieurs avantages. Un, très simple pour commencer: l’artiste ne connaît pas l’angoisse du démarrage, de la « page blanche »; un autre, plus important: la primeur du médium sur le message. Ce qui l’intéresse, c’est de sortir des expressions par la peinture, de trouver dans ce mode d’expression une forme qui lui est propre.

L’artiste ne se contente pas de peindre à l’huile, elle multiplie également les travaux sur papier, les encres, les collages. Tout comme elle fusionne différents éléments que lui inspire un motif de base, de même elle fusionne et entremêle les techniques jusqu’à trouver les éléments qui feront rentrer l’oeuvre dans son univers, fait de cette humanité grouillante et un peu envahissante. L’homme n’est rien sans ses congénères, mais l’homme doit lutter en permanence pour ne pas se faire étouffer par ses semblables.

Pour ne pas se répéter, Priscille Deborah aime aussi les performances, travailler devant un public. « Je fais alors des oeuvres qui sont différentes de ce que je réalise en atelier. Devant un public, il faut être rapide, spontané, ne pas trop se poser de question, il faut qu’en une demi-heure, le public qui vous suit voit quelque chose émerger de la toile.

La performance représente alors une espèce de mise en danger, qui convient bien à cette artiste, qui a beaucoup donné pour parvenir enfin à vivre de sa passion.

A.D.

Bio

La peinture, une renaissance

Priscille Deborah a un parcours particulier: cette parisienne a toujours peint, mais s’est néanmoins engagée sur une voie professionnelle toute autre à la sortie d’une bonne école de commerce. La voilà qui travaille dans l’univers du cinéma, un bon métier, un secteur qui peut faire des envieux.

Mais elle ne trouve pas sa voie, elle se trouve dans une impasse, ne trouve pas la solution et décide d’en finir.

Elle en ressort, mais y laisse une partie de sa santé. La renaissance cette fois-ci passera par la peinture, qui ne l’a plus quitté. Pour symboliser ce nouveau départ, un nouveau nom: “J’ai pris un pseudo, car je trouve que mon parcours, mon nouveau départ dans la peinture se reflète dans ce choix: deux prénoms, autrement dit prendre pour nom un deuxième prénom pour nom: c’est ce que l’on faisait dans les siècles précédents quand un enfant n’avait pas de famille”.

Sans faire de sa peinture une lecture trop biographique, il est évident que ce n’est sans doute pas un hasard si les oeuvres débordent de vie et de personnages.