Stéphanie Saint-Martin, Martres Tolosane (31)

Des personnages et des bestiaires …

Depuis son atelier de Martres Tolosane, Stéphanie Saint-Martin donne vie à la fois à toute une série de personnages et à un bestiaire plus ou moins fantasmé… à moins qu’elle décide de mélanger les deux.

Stéphanie Saint-Martin peint et crée des personnages. Dans son atelier près de Toulouse, sans modèle. Sur toile, sur papier, à l’huile, à l’encre, au crayon, dans des formats de toute dimension. Quand elle ne peint pas, elle grave. Toutes les techniques sont possibles pour un univers qui a néanmoins une vraie cohérence, à mi-chemin entre des gravures anciennes d’animaux imaginaires et un univers plus contemporain et design, d’animaux qui sont traités comme des motifs géométriques récurrents.

Stéphanie Saint-Martin est passée par les Beaux-Arts à Tarbes après quatre ans d’études en art appliqués à Périgueux. Les deux formations sont clairement en filigrane dans son travail, toutes aussi importantes l’une que l’autre, même si elle n’a pas voulu poursuivre le cursus Beaux-Arts jusqu’au bout, pour tenir plus vite et de manière plus soutenue le pinceau…

L’artiste aime avant tout imaginer ses sujets : que ce soit les personnages, seuls ou en foule, ou les animaux, tout part de ce qu’elle griffonne et imagine dans ses carnets : « Beaucoup de temps à travailler sur carnet m’est nécessaire pour ensuite faire un choix. Le travail en série s’est imposé naturellement. Cela me permet d’exploiter en profondeur une impression, une forme, un dessin. J’ordonne, je réfléchis pour ensuite fabriquer une série, une nouvelle histoire. En peinture ou en volume, en réalisant des formes à base de grillage recouvert de plâtre. J’aime aussi la gravure, que j’ai en fait découvert après avoir peint au départ sur contre-plaqué ».

Pour expliquer comment elle en est venue à telle ou telle technique, l’artiste parle volontiers. Pour expliquer en revanche comment elle en vient à imaginer telle ou telle forme, c’est plus compliqué : « Je suis quelqu’un de très timide, mais je ne suis pas pour autant mal dans ma peau ! Je tiens à le préciser car souvent, les gens qui découvrent mes personnages imaginent que cela me représente d’une manière ou d’une autre »…


La mise au point est importante, car de fait, l’univers de Stéphanie Saint-Martin, du moins pour les personnages, donne une vision assez noire de l’existence : quand ils sont seuls, les personnages s’interrogent souvent sur leur propre corps, s’étranglent, font des nœuds avec leur bras, tombent dans une chute libre qui n’en finit pas, et se raccrochent à d’autres bras inconnus en guise de liens, dont la fragilité est évidente… Les visages parfois sont totalement déstructurés, les expressions jamais apaisées ou souriantes. Les corps sont blancs et noirs et la couleur est réservée au fond. « Pour les fonds, je me lâche, je fais cela de manière rapide », et cette rapidité d’exécution renforce l’impression d’un monde où l’homme cherche clairement sa place. Bref, les oeuvres évoquent une espèce d’humanité prisonnière d’un univers vide de sens.
Quand ils sont ensemble, ce n’est guère mieux, et les personnages semblent se chercher, sans savoir comment s’aborder. Tout au plus l’artiste timide admet travailler sur la complexité des rapports humains.
Inversement, le bestiaire est beaucoup plus apaisé. Quand elle représente les humains en foule, c’est pour multiplier les questionnements et les angoisses. Quand elle représente les oiseaux ou les créatures mi-chèvre mi-volatile en nombre, c’est au contraire pour donner l’image d’un monde ordonné, calme, apaisé. L’oeuvre est beaucoup plus graphique, et on sent un réel plaisir de l’artiste à imbriquer ces formes de manière logique et rigoureuse, comme pouvait sans doute le faire un dessinateur hors pair comme M.C. Escher. Ces dessins à l’encre demandent d’ailleurs beaucoup plus de temps à l’artiste, qui y trouve une forme de sérénité qui fait contre-point à la série des personnages.

Clairement, à voir les deux séries en alternance, on imagine une artiste capable de jongler avec de nombreux éléments qui peuplent aujourd’hui l’univers visuel de sa génération : « Mon travail est le reflet de mes impressions à travers un environnement d’images, d’ambiances, de visages et de personnages qui passent à travers moi. Je suis en recherche de modes de représentations de mes impressions, de mon empreinte, de mon monde imaginaire à travers un langage plastique qui m’est propre ».

Stéphanie Saint-Martin veut garder une part de spontanéité : « J’ai l’impression parfois de ne pas assez approfondir mes projets. Mais il est intéressant de laisser des choses de coté pour  leur laisser le temps de murir tout en explorant d’autres pistes ».

Plus que le sujet, c’est la technique qui peut donner une continuité à son travail : « J’aime prendre le temps de me perdre, de fouiller, de chercher, d’exploiter de nouveaux terrains. Mais si une technique me plaît alors je me l’impose pour l’approfondir. C’est cette nouvelle technique qui donnera une direction à mon travail. Changer de support me permet une évolution sur la forme, c’est ainsi que je suis arrivée à travailler le volume ».

Certains thèmes reviennent souvent dans le travail de l’artiste. Le visage, le corps, les poissons, les oiseaux… Souvent tout se mélange de manière spontanée : « Ce qui m’intéresse c’est de continuer mes recherches et de voir où cela me mènera ». 

A.D.

L’angoisse de l’homme, le calme de l’animal

Article publié en septembre 2016

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