- Publicité -

Montauban (82)

Jean-Claude Fournié

 

Dans son atelier, Jean-Claude Fournié enchaîne les œuvres qui mettent en scène des figures emblématiques de l’humanité. Cela va du Christ aux artistes qui ont compté pour lui, Van Gogh, Picasso, jusqu’aux naufragés anonymes d’aujourd’hui. A chaque fois, le peintre pose un regard plein d’empathie sur ces personnages dont il prolonge l’existence pour qu’on porte un regard renouvelé sur leurs vies ou sur leurs oeuvres.

Van Gogh. Van Gogh à Auvers, Van Gogh dans son lit, Van Gogh et la maison jaune à Arles, Van Gogh plein d’interrogations face à Picasso…Van Gogh qui aurait enfin trouvé la consécration et qui va peindre sous une haie d’honneur qu’il n’a jamais connue.
Jean-Claude Fournié n’a a priori pas épuisé le sujet Van Gogh. Il y revient régulièrement, pour proposer un nouveau regard sur le peintre, un regard contemporain capable à la fois de saisir le drame que fut sa vie et l’importance qu’il revêt aujourd’hui dans l’histoire de l’art.

Mais Van Gogh n’est qu’un sujet parmi d’autres. Dans son atelier de Montauban, Jean-Claude Fournié n’est jamais à court d’inspiration et enchaîne les œuvres avec une facilité déconcertante.
Si l’on cherche un point commun à l’ensemble des œuvres, c’est clairement la figure humaine, souvent imposante, qui occupe tout l’espace, aux membres souvent surdimensionnés mais très charpentés. Il y a du Rubens plus que du Botero dans ces personnages aux proportions imposantes. Sur les supports (du bois, essentiellement), figure la plupart du temps un ou plusieurs personnages, qui vivent une situation précise, facile à décrire, réaliste ou pas, drôle ou bouleversante. Les uns discutent, d’autres essaient de se sauver sur un bateau, Picasso rend visite à Van Gogh, le Christ rejoint le ciel en se laissant tirer par un ballon de baudruche…
On a de tout dans l’univers de Jean-Claude Fournié, du moment que cela concerne l’homme et son rapport aux autres. Et derrière la diversité des scènes se cache un même regard, plein d’empathie pour ce que vivent ces déclassés, ces incompris d’hier ou d’aujourd’hui, plein d’imagination aussi, pour celui qui vit littéralement les scènes qu’il représente. Pour Van Gogh, c’est tout simple : « J’ai vécu longtemps dans la Chambre jaune. Je ne parvenais plus à en sortir », dit-il simplement.

Pourtant, le point de départ n’est jamais précisément dans le contenu figuratif que propose l’œuvre finalisée :

« Je pars d’un dessin, d’une couleur, pour arriver très vite à ce que je vais figurer. S’il y a une chose que je ne cherche pas, c’est l’idée de ce que je vais représenter ! Cela découle de ce que je pose sur mon chevalet, comme dessin ou comme couleur ». Une fois le thème posé, l’artiste se concentre sur l’équilibre interne de l’œuvre : « Pour y parvenir, pour être sûr de bien me concentrer uniquement là-dessus, je mets souvent le panneau à l’envers, pour oublier ce qu’elle représente et ne voir que les équilibres généraux».

Pour l’artiste, « l’atelier est un espace de liberté, mais qui comprend énormément de contraintes : une toile ne tient pas à tous les coups, il faut chercher, respecter des rapports de couleurs, de formes, de volumes. Ces contraintes, on les surpasse par le métier ».

L’artiste a d’abord exercé pendant des années un métier de graphiste dans la presse et a dû se poser très souvent la question de l’efficacité d’une image. Aujourd’hui, il continue à alterner le pinceau et le crayon de couleurs dans de multiples dessins qui deviendront ou non des toiles peintes. Mais devant la feuille de papier comme devant le panneau de bois, l’interrogation demeure : comment donner le plus de force à ce que je veux montrer ? Comment tout mettre de mon côté (la couleur, les volumes, les lignes de direction) pour emmener le spectateur là ou je veux ?
Et le résultat est là : chacune des œuvres de Jean-Claude Fournié est percutante, affirme un regard. On est à l’opposé des artistes qui estiment que c’est à celui qui regarde de mettre ce qu’il veut dans la toile. Ici, l’artiste fait clairement une proposition. A prendre ou à laisser.

A.D.

Bio

Jean-Claude Fournié est né à Montauban, dans un quartier populaire où il passe son enfance à jouer avec un groupe d’enfants du même âge. Fils unique, d’un père menuisier pour qui le travail était une valeur essentielle, il se découvre vite un talent pour le dessin et décide de poursuivre par des études aux Beaux-Arts à Toulouse. « Avec les copains, on a passé trois ans au bistrot. Ce n’est pas un mauvais souvenir, mais ce n’est pas non plus là que je me suis formé ».

Il travaillera ensuite dans la presse, comme graphiste, tout en trouvant toujours du temps à consacrer au dessin, avant de lâcher son métier pour se consacrer pleinement au dessin et à la peinture.

Légendes des œuvres

La paternité

La main du père sur le gamin : la main qui le pousse, mais qui le protège tout à la fois, voire qui l’empêche de grandir et de s’affranchir.

Le butoir

Une statue de la liberté, qui a baissé le bras pour tenir à deux mains une arme… Des bateaux de migrants, ou des cercueils… Une ville.
Jean-Claude Fournié a peint cette œuvre il y a plusieurs années, bien avant la tragédie des migrants syriens et africains.

Ecole de Fontainebleau

Au Louvre, les visiteurs ont souvent un sourire devant la toile anonyme montrant la duchesse de Villars pinçant le téton de sa sœur Gabrielle d’Estrées, la favorite d’Henri IV, pendant que celle-ci présente au public une bague, entre deux doigts.
Jean-Claude Fournié a revisité la scène de ce tableau, l’un des plus connus de l’école de Fontainebleau : le couple est maintenant composé d’un homme et d’une femme, en pyjama, dans leur lit, l’homme pinçant le téton de la femme, pendant que celle-ci tient une fraise, de la même couleur et forme que le dit-téton…

Le tableau arrache le même sourire que l’original, car la scène est tout aussi incongrue et difficile à décrypter, avec ce même geste « étrange et affectueux » (dixit le commentaire du Louvre pour l’original). Seule différence : au XVIe, tous les critiques cherchaient le symbole derrière le geste, alors qu’aujourd’hui, on ne voit qu’un geste « étrange et affectueux », qui suffit pour composer une peinture qui retient l’attention.

Picasso en visite dans la chambre de Van Gogh (Les deux foyers)

Jean-Claude Fournié aime la peinture, aime les peintres et aime leur rendre hommage à sa manière.
A plusieurs reprises, il a ainsi travaillé autour de la figure de Van Gogh, en l’imaginant à Arles, dans la nature, dans son atelier, en l’imaginant également après sa mort, ou rencontrant des peintres qu’il n’a pu connaître comme ici Picasso.
L’œuvre s’appelle réellement « les deux foyers », les deux artistes se réchauffant chacun à un poêle placé derrière eux.

Van Gogh, alité et sans couleur, regarde du coin de l’œil Picasso qui, lui, habillé d’un tee-shirt rayé et lumineux, regarde devant lui. Les deux artistes réunis dans une même œuvre, même si le dialogue semble difficile. Qu’importe : Jean-Claude Fournié ne veut pas parler pour eux. Il se contente de créer pour lui, en réunissant deux artistes qui ont compté dans son parcours.

Van Gogh qui peint Van Gogh qui peint Auvers

Van Gogh encore et toujours. Van Gogh qui, même quand il ne peint pas un autoportrait, continue à se prendre pour sujet de ses toiles. Van Gogh, à la fin de sa vie, tourmenté, qui est venu chercher du repos à Auvers mais qui écrit à sa sœur :  « Je cherche à exprimer le passage désespérément rapide des choses dans la vie moderne. »

Jean-Claude Fournié représente le peintre en train de peindre, la seule chose qu’il savait faire. Mais il peint un peintre qui peint une église, sous un ciel plombé et bouché. Un peintre qui se trouve encore des couleurs mais qui a du mal à en trouver à l’église ou au paysage. Bientôt, il se tirera une balle dans la poitrine.

Van Gogh, ciel étoilé

Dans cette toile, Van Gogh monte les marches, la toile sur son dos. Nul doute qu’il va chercher en hauteur un endroit où poser son chevalet. Mais il doit pour cela passer sous la haie d’honneur d’immenses statues tenant de petites bougies. Le rêve de reconnaissance ? L’hommage post-mortem à un artiste qui n’aura connu aucune gloire de son vivant ?  Les taches jaunes des ciels étoilés de Van Gogh recyclées pour lui faire de la lumière ?
Tout cela à la fois, pour deux artistes, Vincent et Jean-Claude qui, imperturbables, ne demandent qu’une chose : peindre, encore et toujours, avec ou sans reconnaissance.

L’ascension

Jésus crucifié sur la croix. Comme pouvaient le faire Poussin ou Rubens à leur époque, Jean-Claude Fournié représente les scènes de la Chrétienté dans un contexte contemporain. C’est vrai des vêtements et des occupations des personnages : Jésus garde son costume, même sur la croix, pendant qu’à ses pieds, un ersatz de soldat romain tue le temps en lisant un livre. Ce sont des hommes de tous les jours, l’un dans une situation simple (la lecture), l’autre dans une situation exceptionnelle, mais tous les deux réunis dans une même œuvre qui fait de l’homme crucifié une banalité de notre époque.
L’artiste va plus loin dans l’adaptation. Il adapte aussi les symboles : et au loin sur la droite, l’ascension du Christ mort se fait au moyen d’un ballon de baudruche : le Christ monte au ciel de manière simple, et en même temps en utilisant un vecteur fragile, dérisoire, si fragile que toute cette histoire ne tient qu’à une petite piqûre d’épingle…

AD

Article publié en mai 2017

Page Facebook de l’artiste